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Mgr Denis Grondin, L’actualité du diocèse,

Lettre pastorale de Mgr Denis Grondin, 2023

Encourager les partages de vie et de foi

Lettre pastorale de Mgr Denis Grondin aux fidèles catholiques de l’archidiocèse de Rimouski

Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? (Jean 3, 4)

1. La question qui précède est posée à l’occasion d’une rencontre nocturne entre Jésus et le pharisien Nicodème. Ce dernier admire l’œuvre de Jésus et envie sa liberté de parole. La démarche qu’il entreprend auprès du Maître nous habite, car, en tant qu’Église, nous partageons la quête de Nicodème. Le pape François a convoqué, en 2021, un grand synode pour que l’Église, Corps du Christ, renaisse et discerne les chemins de sa mission « dans le monde de ce temps1 ». Il souhaite qu’elle continue de marcher à la suite du Christ, dans la communion, vers une participation renouvelée par le souffle de l’Esprit Saint. Le jour de notre baptême, nous avons reçu ce don qui nous apprend à renaître spirituellement à la présence de Dieu et de son amour. Cette renaissance comporte une redécouverte de notre double appartenance au Christ et à notre famille qu’est l’Église. À la mi-mandat de mon épiscopat, je profite de l’occasion que me fournit cette lettre pastorale pour vous inviter à poursuivre avec moi la conversion pastorale et missionnaire de nos cœurs, de nos manières de faire, de nos habitudes. Ceci, afin que notre témoignage entraîne un avenir conforme à l’Évangile, rempli de la joie de vivre et de croire.

Bilan de l’expérience synodale

2. En nous permettant de « marcher ensemble », l’expérience synodale a été très riche pour les groupes qui y ont participé. Mais, après une année de rencontres et la production de synthèses diocésaines, provinciale et nationale portant sur la synodalité, où en sommes-nous exactement? L’écoute et l’accueil sont les deux thèmes qui sont revenus le plus souvent dans les rapports des équipes diocésaines; s’ajoutant à cela les échanges sur l’inclusion, la guérison et la nécessité de prendre du temps. (Ces documents sont disponibles à la consultation sur le site internet du diocèse2). On a aussi reproché aux autorités diocésaines leur manque d’écoute et de suivi après les réunions ecclésiales. Cela a pour effet de démobiliser et de réduire la participation de la communauté chrétienne. Ainsi, la foi d’une majorité de baptisés, porteurs de charismes importants et essentiels, demeure en dormance3.

3. La Synthèse nationale décrit ainsi la situation qui prévaut actuellement : « Dans la province du Québec, fortement marquée par le caractère laïque de la société, on souhaite un changement urgent pour retrouver – ou conserver – ce qui reste de la pertinence de l’Église et de sa mission; ici le fossé entre la société et l’Église, tant au niveau moral, éthique ou même de la pratique religieuse, ce fossé est tel qu’il menace sérieusement l’avenir des communautés chrétiennes4. »

… la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière5

Dans sa conférence sur l’urgence missionnaire au Québec6, le théologien Gilles Routhier a tenté de comprendre la faiblesse du tonus missionnaire de notre Église. Il parle d’un manque d’élan en évangélisation. Il rejoint ainsi le pape François qui, en janvier 2023, commençait une série d’enseignements sur la passion missionnaire des disciples de Jésus : « Tout part de ce regard, que nous apprenons de Jésus7. » Ce regard d’amour par lequel le Christ nous séduit. Nicodème lui-même a été transformé par ce regard qui transforme et oriente les cœurs. Il est vrai qu’on ne dispose plus des ressources si précieuses des communautés religieuses et qu’une crise de confiance atteint l’Église responsable d’abus commis par certains de ses membres. Toutefois, avec humilité et désir de servir l’amour de Dieu, l’Esprit Saint nous pousse à prendre le large et à lancer les filets de la Parole de Dieu afin de se mettre à l’écoute des signes des temps.

Pistes d’avenir

4. Sans pour autant balayer tout le travail réalisé par nos prédécesseurs, le Synode nous invite à éviter les écueils qui nuisent à la dynamique missionnaire. Pour cela, il est nécessaire de se poser les questions suivantes :

  • Comment mieux partager la gouvernance pastorale afin que les pasteurs soient plus proches des fidèles et que le partenariat homme-femme soit mieux valorisé?
  • Comment faire preuve de plus de créativité dans le but de rejoindre notre monde et la culture actuelle?
  • Comment éviter les luttes de pouvoir qui empêchent de générer de nouveaux ministères?
  • Comment valoriser les dons et charismes des jeunes générations?
  • Comment quitter le travail en silo pour exercer un véritable travail d’équipe?
  • Comment se prémunir contre les réflexes de gestionnaires afin de construire une Église plus fraternelle?
  • Comment favoriser la consultation et le dialogue dans nos processus décisionnels?

5. Le constat qui en résulte, nous amène à faire confiance à la Parole de Dieu, comme Jésus l’a fait au désert en refusant la tentation du miracle. Jésus nous envoie en mission pour répondre aux faims profondes de nos contemporains : faims de bonheur, de paix, de réconciliation et de présence. « Et moi, dit Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde8 ». Mais nous, sommes-nous avec lui? Le Seigneur, toujours à l’œuvre, nous encourage à former dans chaque paroisse des communautés humbles et pertinentes, conscientes de l’urgence missionnaire. Comment réapprendre à se réunir à la table de la Parole de Dieu et à celle de l’Eucharistie dominicale? Ne faut-il pas découvrir d’autres espaces et moments de rencontre avec le Christ marqués par l’accueil de nos frères et sœurs en quête d’absolu? Des expériences nouvelles d’accueil et d’écoute peuvent engendrer une communion réelle, une fraternité concrète et une ouverture qui actualisent l’œuvre de grâce de l’Esprit.

« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme9 », disait-on des premières communautés qui étaient soutenues par la présence et la force de l’Esprit Saint. Les Écritures nous permettent de contempler Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. En visitant les unités pastorales l’hiver dernier, la parole du prophète Isaïe nous a aidés à ouvrir nos cœurs aux surprises de l’Esprit créateur, fondement de notre baptême : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas10? »

6. Dans le contexte actuel, le ministère du prêtre, toujours essentiel, est appelé à évoluer dans un meilleur esprit de synodalité. Il fut un temps où les prêtres étaient aussi travailleurs sociaux, conseillers familiaux, animateurs de loisirs, et les consacrées, enseignantes, infirmières, travailleuses sociales… Par leur engagement respectif, l’Église a comblé généreusement l’appel à servir dans bien des domaines. Mais les prêtres d’aujourd’hui doivent redéfinir leur ministère d’évangélisation et de gouvernance, en collaboration avec les communautés chrétiennes, afin que tout un chacun puisse exercer sa mission de prêtre, de prophète et de roi.

… mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu11.

Partage de vie et de foi

7. La compétence réclamée au disciple par le Seigneur en est une de proximité : avec qui puis-je partager ma foi, ma prière, mes questionnements pour cheminer et engager ma charité? Nous ne sommes pas là pour défendre une organisation, mais pour découvrir ensemble le mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple, son Église. S’ensuit alors la nécessité de servir le Royaume de justice, de paix et de réconciliation. Dans les Saintes Écritures, Jésus se retrouve souvent dans les maisons : celle de Zachée, de Marthe et Marie, de Matthieu ou des disciples d’Emmaüs. C’est là qu’il offre sa lumière et son regard bienveillant qui sont sources d’une vie nouvelle et engagée.

8. À mi-chemin du Synode 2021-2024, les conseils diocésains et les équipes synodales nous invitent à mettre en œuvre une priorité pastorale : « Encourager les partages de vie et de foi. » Il y a plus de 2000 ans, l’Évangile a été gravé dans l’expérience des chrétiens avant d’être rapporté par écrit. Cette Bonne Nouvelle du Salut gagne à être partagée dans un contexte domestique, alors que, comme corps mystique de l’Église, nous vivons une sorte d’exil et de dépouillement. Déporté à Babylone, le Peuple de Dieu a connu un déplacement du lieu de la célébration et de la transmission de la Loi qu’il retrouva dans la synagogue. La foi n’a pas besoin de temples inertes, mais de pierres vivantes, car le baptême nous fait temples de Dieu et l’accomplissement de la vie chrétienne se vérifie à l’amour porté les uns envers les autres dans le concret de nos vies. Combien de rassemblements, tablées, maisonnées nous permettent humainement d’exister et de communiquer au niveau de l’être? Toutes ces rencontres nourrissent nos motivations de vie et d’engagement.

9. De même, la foi se nourrit de fêtes, de rassemblements qui créent un esprit communautaire. En ce sens, et pour reprendre les termes du pape François, l’Église domestique intergénérationnelle peut rallumer le feu de l’espérance et rejoindre des personnes vivant dans les diverses périphéries existentielles, leur apportant ainsi la joie de vivre et de croire. Ces périphéries sont des univers dominés tantôt par l’angoisse ou le désespoir, loin du terrain religieux, sans possibilité de trouver une oreille attentive et une amitié réconfortante. Ces situations, souvent marquées par la souffrance, l’isolement ou la détresse, révèlent des fractions sociales et mettent à jour les pauvretés relationnelles des individus. Ces pauvretés sont autant d’appels à faire communauté autrement.

Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle12.

Conclusion

10. Centrés sur l’essentiel, la prise de parole, l’échange et la conversation sont des denrées rares qui structurent l’identité personnelle et la confiance d’être quelqu’un, d’avoir sa place. La foi a besoin de cette dynamique d’écoute et de prise de parole pour devenir un témoignage où chacun contribue à la croissance intérieure. La conversation autour de la Parole de vie n’est donc pas tant une discussion, mais un écho véritable qui touche au plus profond du cœur. Notre Dieu se laisse donc atteindre, et nous aussi, car nous sommes membres du même corps du Christ : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple13 », dit le Seigneur dans le livre de l’Exode. La vie relue à la lumière de la Parole de Dieu permet un regard différent sur soi et sur le monde, un horizon des plus lumineux. La Parole engendre aussi un processus de retournement, de renaissance et de conversion de l’âme. Touchés par la miséricorde du Christ, nous devenons plus sensibles et disposés à suivre Jésus qui révèle la Vérité sur l’humanité et sur Dieu. En cette vérité, une vie engagée se libère au service des autres. Prenons ensemble le risque d’ouvrir des portes et des parvis afin que le souffle de l’Esprit séduise une nouvelle génération, appelée elle aussi à faire corps dans la vérité de l’Amour. Pèlerins de la foi, devenons des entraîneurs qui, ensemble, sèmeront, grâce aux partages évangéliques, un désir de marcher ensemble avec un nouvel enthousiasme.

Donnée en la fête de saint Germain, le vingt-huitième jour du mois de mai deux mille vingt-trois.

+ Denis Grondin
Archevêque de Rimouski

1. François, Discours à l’occasion de l’ouverture de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, 3 octobre 2018.
2. À l’adresse internet suivante : < https://dioceserimouski.com/sd/pp/index.html>.
3. Assemblée des évêques catholiques du Québec, Synthèse provinciale – Québec – Synode sur la synodalité : « Pour que l’Église se renouvelle et continue, voici le temps favorable! », Montréal, AÉCQ, 2022, p. 5.
4. Conférence des évêques catholiques du Canada, Synode sur la synodalité : Synthèse nationale pour le Canada, Ottawa, CÉCC, 2022, p. 1.
5. Jean 3, 19.
6. Gilles Routhier et Bertrand Roy, dir., Qui fera du neuf? L’urgence missionnaire au Québec, Montréal, Novalis, 2022, p. 49 et suiv.
7. François, Audience générale, 11 janvier 2023.
8. Matthieu 28, 20.
9. Actes des Apôtres 4, 32.
10. Isaïe 43, 19.
11. Jean 3, 21.
12. Ibid., 3, 7.
13. Exode 3, 7.

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Nous remercions donc le Seigneur pour la réponse généreuse, personnelle et communautaire de ces femmes de Dieu. Par leur foi et leur courage, elles ont offert une disponibilité exemplaire afin que les jeunes deviennent des hommes et des femmes responsables d’un mieux-être de leurs familles et de l’avenir des villages et des diocèses de l’Est du Québec. Cette contribution a par la suite porté fruit jusqu’aux États-Unis, le Honduras, etc.

Merci donc à chacune de vous ici présentes, soucieuses de poursuivre votre mission de salut pour offrir l’héritage d’un savoir-être et d’un savoir-faire dans la ligne du don de soi généreux, spécialement aux enfants plus pauvres. Mère Élisabeth disait à une aspirante « Vous allez devenir, si je puis m’exprimer ainsi, co-rédemptrices du genre humain » … Il nous faut gagner des âmes pour aimer et bénir Jésus.

La pédagogie de la foi de votre charisme a permis l’apprentissage d’attitudes permettant aux enfants de découvrir leur dignité et la beauté de leur vocation baptismale, leur appel à aimer et à se donner avec l’aide de l’Esprit, avec un esprit de service.

Saint-Paul exprime bien cette transmission en disant : « que la Parole du Christ habite en vous et se traduise en attitudes qui enracinent votre dignité d’enfant de Dieu : attitudes de tendresse, de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » « C’est comme si le bon Dieu vous disait rendez ces enfants conformes à mon divin Fils ». (Mère Élisabeth).

Cette année jubilaire nous invite ensemble, avec vous, à retrouver notre mission éducative au sens large, soit une mission relevant d’enseignants, mais aussi de collaboration avec les parents et d’autres acteurs pour conduire le mieux possible les jeunes générations au plein épanouissement de leur être. Mère Élisabeth, devenue bienheureuse, nous entraîne dans une belle année de souvenirs, de joie mais aussi de prospective et d’inspiration pour le temps présent.

Que ferait Mère Élisabeth dans le contexte où le monde virtuel est si envahissant : ne dirait-elle pas d’écouter Dieu et sa présence en faisant silence, en faisant taire la distraction et la dispersion liées au numérique, pour exercer un discernement devant tout ce qui est proposé et se donner des priorités.

Que nous dirait Mère Élisabeth dans le contexte où les jeunes sont sollicités par la performance mais où on oublie de composer avec nos limites pour se réconcilier avec la fragilité qui rapproche les âmes.

Que ferait Mère Élisabeth dans le contexte où le matériel prend autant de place, mais où la misère relationnelle crée facilement un isolement souffrant entre générations : elle nous rappellerait le sens de la communauté, de la fraternité, du prendre soin, de l’ouverture, du vivre ensemble les défis nombreux.

Que dirait Mère Élisabeth, si convaincue de la prière et de l’intériorité où l’on puise à la source de l’amour de Dieu – cet Amour rapproche les êtres humains et leur donne une belle place à chaque âge, une importance vitale et féconde jusqu’à la fin.

Elle nous rappellerait sans doute de nous replonger dans notre appel fondateur, notre vocation première d’être infiniment aimés et dignes de cet amour salutaire, de la vie en abondance, assurée en Jésus, même dans les déserts.

Remplie d’espérance, la bienheureuse fondatrice nous redirait, comme à ses sœurs : « soyez unies, solidaires pour garder l’enthousiasme missionnaire et vaincre les désolations et les obstacles avec l’espérance qui donne courage et créativité ».

Enfin, elle nous apprendrait cette capacité à vivre certains renoncements pour être gagnants d’un bonheur meilleur et durable en cherchant la volonté de Dieu : pensons aux passages où semblait s’effondrer la communauté, en février 1879.

L’évangile proclamé en ce début du 150e nous dit : ce que tu as caché aux sages tu l’as révélé aux tout-petits. Demandons cette sagesse qui a animé Sœur Élisabeth et la Congrégation. Elle a su rester petite, humble et avoir besoin de compagnes pour rejoindre les plus pauvres avec la richesse d’un amour au quotidien et proche des gens. Sa vision magnifiquement déployée, actualisée et partagée a été la garantie d’une croissance et d’un désir de toujours progresser et faire progresser, en se centrant sur l’appel de Dieu.

Bon 150e, heureux Jubilé : que cette année de mémoire relance notre audace éducative et notre joie apostolique qui fait qu’on ne se laisse pas abattre car Dieu est avec nous et sa présence fait toute la différence.

+ Mgr Denis Grondin

Archevêque de Rimouski

12 août 2024