Chères amies religieuses de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du-Saint-Rosaire, du Québec, des U.S.A, de l’Amérique Centrale et d’autres missions
Chers invités, membres du peuple de Dieu
Chers confrères, Mgr Jean-Pierre Blais et les prêtres de notre diocèse ici présents
Nous entrons aujourd’hui plus officiellement dans le jubilé annoncé par sœur Marie-Alma Dubé, supérieure générale de la Congrégation.
Nous sommes rassemblés par le Seigneur pour l’Action de grâce par excellence qu’est l’Eucharistie. Ce sacrement qui nourrit la foi et affermit notre espérance, actualise le Mémorial du don de la vie du Christ pour que fleurisse l’amour, la justice et la paix du Royaume. L’Eucharistie entraîne le don de notre vie à la mémoire de Jésus et sous sa grâce. Ce sacrement où le Christ refait son corps missionnaire a été à la source de l’engagement des Sœurs dites des petites écoles (plus de 1000 engagées au cours de ces 150 années, investies avec cœur et constance).
Le Jubilé qui nous rassemble nous renvoie aux six années de fondation bien relatées par l’abbé René DesRosiers, dans les numéros 103 et 104 de la revue diocésaine En Chantier. Ce dernier nous permet de goûter la spiritualité de Mère Élizabeth qui est essentiellement missionnaire. Pour elle, cette mission d’éducation et d’instruction était – d’abord liée à la grande mission de l’Église. Elle écrivait ainsi à Mgr Langevin : « Mgr, de toutes nos forces, nous travaillons à nous rendre aptes à remplir la mission que vous avez daigné nous confier espérant par là vous aider à gagner à Dieu de jeunes cœurs. Merci de nous permettre de travailler à la vigne du Seigneur ».
La congrégation d’éducatrices est donc liée à la vision de Mère Marie Élisabeth où les enseignantes sont appelées par le Seigneur, comme on entendait tout à l’heure dans la lecture de Paul aux Colossiens, à vivre un témoignage qui les dépasse et les entraîne dans l’œuvre de Dieu et son plan de salut.
« Vous avez été appelées, aimées, sanctifiées ». Rendons grâce pour cet appel de Dieu qui, dans l’urgence et dans le besoin des jeunes, a donné accès à la scolarité et au développement des milieux sur le plan des compétences.
Nous remercions donc le Seigneur pour la réponse généreuse, personnelle et communautaire de ces femmes de Dieu. Par leur foi et leur courage, elles ont offert une disponibilité exemplaire afin que les jeunes deviennent des hommes et des femmes responsables d’un mieux-être de leurs familles et de l’avenir des villages et des diocèses de l’Est du Québec. Cette contribution a par la suite porté fruit jusqu’aux États-Unis, le Honduras, etc.
Merci donc à chacune de vous ici présentes, soucieuses de poursuivre votre mission de salut pour offrir l’héritage d’un savoir-être et d’un savoir-faire dans la ligne du don de soi généreux, spécialement aux enfants plus pauvres. Mère Élisabeth disait à une aspirante « Vous allez devenir, si je puis m’exprimer ainsi, co-rédemptrices du genre humain » … Il nous faut gagner des âmes pour aimer et bénir Jésus.
La pédagogie de la foi de votre charisme a permis l’apprentissage d’attitudes permettant aux enfants de découvrir leur dignité et la beauté de leur vocation baptismale, leur appel à aimer et à se donner avec l’aide de l’Esprit, avec un esprit de service.
Saint-Paul exprime bien cette transmission en disant : « que la Parole du Christ habite en vous et se traduise en attitudes qui enracinent votre dignité d’enfant de Dieu : attitudes de tendresse, de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » « C’est comme si le bon Dieu vous disait rendez ces enfants conformes à mon divin Fils ». (Mère Élisabeth).
Cette année jubilaire nous invite ensemble, avec vous, à retrouver notre mission éducative au sens large, soit une mission relevant d’enseignants, mais aussi de collaboration avec les parents et d’autres acteurs pour conduire le mieux possible les jeunes générations au plein épanouissement de leur être. Mère Élisabeth, devenue bienheureuse, nous entraîne dans une belle année de souvenirs, de joie mais aussi de prospective et d’inspiration pour le temps présent.
Que ferait Mère Élisabeth dans le contexte où le monde virtuel est si envahissant : ne dirait-elle pas d’écouter Dieu et sa présence en faisant silence, en faisant taire la distraction et la dispersion liées au numérique, pour exercer un discernement devant tout ce qui est proposé et se donner des priorités.
Que nous dirait Mère Élisabeth dans le contexte où les jeunes sont sollicités par la performance mais où on oublie de composer avec nos limites pour se réconcilier avec la fragilité qui rapproche les âmes.
Que ferait Mère Élisabeth dans le contexte où le matériel prend autant de place, mais où la misère relationnelle crée facilement un isolement souffrant entre générations : elle nous rappellerait le sens de la communauté, de la fraternité, du prendre soin, de l’ouverture, du vivre ensemble les défis nombreux.
Que dirait Mère Élisabeth, si convaincue de la prière et de l’intériorité où l’on puise à la source de l’amour de Dieu – cet Amour rapproche les êtres humains et leur donne une belle place à chaque âge, une importance vitale et féconde jusqu’à la fin.
Elle nous rappellerait sans doute de nous replonger dans notre appel fondateur, notre vocation première d’être infiniment aimés et dignes de cet amour salutaire, de la vie en abondance, assurée en Jésus, même dans les déserts.
Remplie d’espérance, la bienheureuse fondatrice nous redirait, comme à ses sœurs : « soyez unies, solidaires pour garder l’enthousiasme missionnaire et vaincre les désolations et les obstacles avec l’espérance qui donne courage et créativité ».
Enfin, elle nous apprendrait cette capacité à vivre certains renoncements pour être gagnants d’un bonheur meilleur et durable en cherchant la volonté de Dieu : pensons aux passages où semblait s’effondrer la communauté, en février 1879.
L’évangile proclamé en ce début du 150e nous dit : ce que tu as caché aux sages tu l’as révélé aux tout-petits. Demandons cette sagesse qui a animé Sœur Élisabeth et la Congrégation. Elle a su rester petite, humble et avoir besoin de compagnes pour rejoindre les plus pauvres avec la richesse d’un amour au quotidien et proche des gens. Sa vision magnifiquement déployée, actualisée et partagée a été la garantie d’une croissance et d’un désir de toujours progresser et faire progresser, en se centrant sur l’appel de Dieu.
Bon 150e, heureux Jubilé : que cette année de mémoire relance notre audace éducative et notre joie apostolique qui fait qu’on ne se laisse pas abattre car Dieu est avec nous et sa présence fait toute la différence.
+ Mgr Denis Grondin
Archevêque de Rimouski
12 août 2024