VOUS SEREZ MES TÉMOINS !


Vol. 28, no 4, mai 2004

AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :

Pour aller plus loin...
Monique Anctil, r.s. r., responsable diocésaine
Le Renouveau dans l'Esprit, une grâce de Pentecôte !
Paul-Émile Vignola, ptre, répondant diocésain
Prière avec imposition des mains,
Noëlla Dubé-Proulx
Les étapes de la prière
Thérèse Caron
La violence
Pierre-Marie Vill
Planification 2004-2005
Il était une fois trois arbres
MARIE, femme de la chambre haute

Vous pouvez lire l'ensemble des articles publiés dans ce numéro
en vous procurant la version imprimée de « Vous serez mes témoins ! ».

Pour aller plus loin...

S'adressant aux gens de l'Église de Corinthe, saint Paul donne de bons conseils qui sont tout à fait appropriés pour nous car ils rappellent les grandes caractéristiques de nos assemblées de prière charismatique:

"Lorsque vous vous assemblez, chacun peut avoir un cantique, un enseignement, une révélation, un discours en langues, une interprétation. Que tout se passe de manière à édifier." (1Co 14, 26)

Et aux chrétiens de l'Église d'Éphèse, il va plus loin :

"Cherchez dans l'Esprit Saint votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur. En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ." (Ep 5, 18-20)

Ayant fait une expérience personnelle et profonde de Jésus Seigneur et Sauveur, l'apôtre Paul souhaite que ces communautés de foi grandissent de plus en plus dans la connaissance et l'amour de Jésus.

Si nous demeurons fidèles à vivre selon ces exhortations de Paul, nous devien-drons des communautés charismatiques et nous serons, comme le souhaite Jean-Paul II, de " véritables écoles de prière " au sein de nos communautés chrétiennes.

Nous affirmons que le Renouveau charismatique est essentiellement une grâce de Pentecôte et c'est juste! Cette grâce de Pentecôte, elle est pour nous, elle est pour toutes et tous, ceux qui sont loin comme ceux qui sont proches, car elle fait partie de l'aspect essentiel du plan de Dieu et du mystère pascal. C'est au jour de la Pentecôte qu'est née l'Église de Jésus-Christ et c'est sous ce même Souffle de Pentecôte que l'Église poursuit sa mission et chacun, chacune de nous, sa marche à la suite de Jésus.

Pour que s'épanouisse en nous et dans l'Église cette grâce de Pentecôte, il faut veiller à l'entretenir, à la protéger, à la faire croître et à la faire connaître. La croissance est importante. C'est fascinant de voir un enfant grandir et s'épanouir, de voir se développer et fleurir une plante que l'on a semée! Ce qui n'évolue pas est appelé à mourir. Il en est ainsi dans notre cheminement de foi dans les voies de l'Esprit Saint. Si l'on n'avance pas, on recule! Et si l'on n'entretient pas la vie, on va mourir! Je donne ici quelques signes de croissance qui vont nous aider à faire un " bilan de santé " de notre propre vie spirituelle et de celle de notre groupe du Renouveau dans l'Esprit qui doit être un lieu privilégié d'éducation à la liberté de l'Esprit Saint.

La louange

Comme signe de croissance, je pense d'abord à la dimension de la louange qui nous amène à lâcher-prise, à nous décentrer de nous-mêmes pour nous centrer sur le Seigneur et nous plonger dans l'émerveillement face à son amour, à sa grandeur et à toutes les merveilles qu'Il accomplit en nous, dans nos communautés de foi, dans le monde et dans l'Église. La louange doit être au cœur de notre relation avec Dieu. Notre vocation, c'est la louange! Elle jaillit du cœur parce qu'il y a quelque chose de beau et de grand qui se vit au niveau du cœur.

La louange provient de la reconnais-sance du Don de Dieu aujourd'hui et de l'ouverture du cœur sur sa puissance, sa grandeur et sa majesté comme sur les grâces et bénédictions dont il nous comble à chaque instant. La louange s'exprime à travers le chant, la prière spontanée et le charisme des langues qui, comme le dit saint Paul, " édifie " l'être intérieur (1Co 14, 4) et éveille les membres de l'assemblée à l'accueil de l'Esprit Saint.

L'accueil de l'Esprit Saint

Dans notre vie personnelle et dans notre assemblée charismatique, l'accueil de l'Esprit Saint crée-t-il un état de disponibilité, de docilité, d'attention à sa Présence et à son action en nous et au milieu de nous? Je lisais quelque part, que l'Esprit Saint est le Seigneur de " la manne cachée " (Ap 2, 17), celle dont nous avons besoin pour le moment présent, pour la journée, pour la semaine qui vient; Il nous aide à vivre l'appel à la sainteté au cœur de notre quotidien. Avons-nous cette sponta-néité de foi qui nous tourne vers l'Esprit Saint au moment d'une décision à prendre, d'une difficulté, d'une souffrance, d'une tentation… pour recevoir de Lui force, soutien, lumière, consolation ?

L'Esprit Saint, planant sur les eaux au moment de la création, a mené celle-ci du chaos à l'harmonie; ainsi, Il vient nous faire passer de l'ancienne alliance à la création nouvelle, de la confusion de notre chaos intérieur à l'harmonie de tout notre être, des ténèbres à la lumière. Il vient nous révéler que Dieu est Dieu et nous rend capables d'abandonner les idoles qui prennent la place de Dieu. Il nous aide à nous détourner de nous-mêmes, à ne pas nous glorifier en nous-mêmes et en nos responsabilités mais à nous abandonner à sa puissance. L'Esprit Saint, en illuminant notre cœur, en le conformant à l'image de Jésus, nous fait adopter la manière de juger, de penser et d'agir de Jésus. Il fait de nous de véritables icônes du Christ.

L'écoute de la Parole de Dieu

Accueillir Jésus, Seigneur et Sauveur, c'est aussi accueillir sa Parole de Vie. Si chaque jour et à chaque assemblée de prière, nous nous nourrissons de la Parole de Dieu, nous entrerons dans une connaissance et un amour du Seigneur plus profonds qui s'épanouiront dans une vie d'intimité vraie avec Lui. Comment la Parole de Dieu est-elle accueillie, écoutée, ruminée au cours de nos journées et dans nos assemblées, sous l'action de l'Esprit Saint?

L'écoute amoureuse de la Parole de Dieu nous façonne personnellement et dynamise la communauté de foi que nous formons. La Parole, par la puissance de l'Esprit qui l'anime, nous aide à aller plus loin, ensemble, sur les chemins de l'amour. L'apôtre Pierre nous le rappelle : "Vous avez purifié vos âmes en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie; d'un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, vous qui avez été engendrés à nouveau… par la Parole vivante de Dieu qui demeure." (1P 1, 22-23)

Quand les membres d'un groupe de prière se laissent, sous la mouvance de l'Esprit, conduire par la Parole et façonner en petite communauté d'amour (NMI, no 42-43), ils expérimentent les surprises de Dieu qui parle, transforme, guérit, recrée par sa Parole; ils expérimentent alors les dons et charismes que le Seigneur répand à profusion pour le bien de la communauté. À travers les charismes, le Père des lumières, comme le dit saint Jacques (1, 17), répond aux besoins de ses enfants : il guérit, il encourage, il console, il taille, il engraisse, comme la parabole du figuier stérile, pour qu'il y ait davantage de fruits.

La prophétie, qui est un charisme de la Parole, se développe au contact assidu de la Parole de Dieu. Si nous désirons qu'elle éclate dans nos assemblées, donnons beaucoup de place à l'écoute et à l'accueil de la Parole de Dieu. Nous sommes habitués à ce type de prophétie où le Seigneur, par un prophète reconnu, adresse la Parole à ses enfants pour les encourager, les exhorter, les consoler… Mais il est important de plus, de développer le regard prophétique qui sait apercevoir et reconnaître le renouveau, le neuf que Dieu s'apprête à accomplir dans nos propres vies, mais aussi dans nos communautés, dans l'Église. Ézéchiel possédait ce regard prophétique : à travers un monde qui allait à sa ruine, il entrevoyait un monde nouveau prêt à naître.

Demeurer dans la liberté de l'Esprit

Sommes-nous ouverts aux surprises de Dieu, à la nouveauté que l'Esprit Saint peut susciter, ou enchaînons-nous le Seigneur dans ce que nous avons déjà expé-rimenté, dans nos structures toutes bien établies? C'est alors que nous devenons esclaves du passé, du déjà fait et déjà vu. Saint Paul insiste sur notre capacité à avoir le cœur libre face au Seigneur : "Pour la liberté le Christ nous a libérés. Tenez donc bon et ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l'esclavage" (Ga 5, 1). Il faut ici beaucoup de confiance et d'abandon en l'Esprit Saint qui prend le contrôle de notre vie et de notre mission.

Le groupe de prière est un lieu privilégié d'initiation aux charismes mais on ne peut en limiter l'exercice à l'assemblée de prière. Ils sont donnés pour l'Église et le monde. Pour collaborer à l'action de l'Esprit et le rendre vivant et agissant, il faut d'abord connaître et aimer ce monde où nous vivons, ce milieu où nous travaillons, ces personnes que nous côtoyons. Il est important de nous mettre à l'écoute du monde qui nous entoure pour y découvrir ses vrais besoins et pour discerner ensuite, à la lumière de la Parole de Dieu, la façon dont nous assumons nos responsabilités, comment nous devons réagir face à tel événement ou telle situation qui se passe dans notre milieu et dans le monde. Cela fait partie de l'apprentissage charismatique.

L'assemblée de prière est le lieu où se convertit notre cœur, où nous apprenons à découvrir la présence de Dieu en toutes choses, à percevoir l'action de l'Esprit en nous et autour de nous. Donnons du temps, dans nos groupes, pour les témoignages, pour écouter et accueillir ce que quelques frères et sœurs veulent bien partager de ce qu'ils découvrent de l'action de l'Esprit Saint dans leur vie. Le Père Cantalamessa dit que la fidélité à la grâce de l'effusion de l'Esprit exige de "passer de tel ou tel charisme à une vie charismatique, c'est-à-dire à une vie vécue selon l'Esprit à chaque instant". C'est en quelque sorte : "se laisser conduire par l'Esprit". Comme le dit saint Paul : "Puisque l'Esprit est votre vie, laissez-vous mener par l'Esprit".

Dans un groupe de prière charismatique, les membres doivent prier constamment pour que les dons charismatiques de l'Esprit Saint soient manifestés dans leur vie et dans celle des personnes évangélisées par le groupe. Si nous voulons jouer pleinement notre rôle dans la mission de l'Église, les dons et charismes de l'Esprit sont nécessaires. Nous les recevons au baptême et ils sont dynamisés, réveillés en nous par l'effusion de l'Esprit, une grâce de Dieu offerte librement à toutes et tous mais qui doit être désirée, demandée et mise en pratique. C'est le défi du Renouveau dans l'Esprit.

Se livrer à l'évangélisation

Tout groupe de prière charismatique ou toute communauté de foi, doit avoir un sens très fort de sa mission et un désir profond d'évangéliser. C'est la vocation de tout baptisé.

Proclamer que Jésus est Seigneur implique d'engager notre vie à sa suite. C'est Le placer au centre de toute notre existence de telle sorte que les autres reconnaissent à travers nos paroles, nos gestes, nos attitudes, les traits de Jésus. Aujourd'hui, dans notre mission d'évangé-lisation, la Seigneurie de Jésus doit être proclamée avec force, dans la puissance de l'Esprit Saint.

Dans notre monde de violence, de conflits, de guerres de toutes sortes, nous avons à manifester la miséricorde, l'amour et la tendresse de Dieu. Nous avons à dire, par nos paroles et nos gestes, notre foi en ce Dieu Seigneur et Sauveur, toujours vivant et agissant aujourd'hui, au cœur de ces situations de ténèbres.

Nous vivons dans une société qui n'a plus ou à peu près plus de références religieuses, où l'on a perdu le sens des valeurs, où montent en flèche l'individua-lisme, la sécularisation, la multiplicité des idéologies, des sectes, des doctrines de toutes sortes. Il est important de sans cesse se demander : comme disciple de Jésus, où est ma place dans ce monde si diversifié; quelle est ma responsabilité, ma mission ? Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus avait trouvé sa place : "Au cœur de l'Église, je serai l'AMOUR!" Et nous, au cœur de notre monde, serons-nous aussi l'AMOUR ? Serons-nous de véritables témoins de l'amour qui a été répandu en nos coeurs par l'Esprit Saint? Car s'il n'y a pas d'amour, comme le dit saint Paul, il n'y a rien… on n'est que du vent… Pour grandir dans les voies de l'Esprit Saint et pour que Jésus devienne et demeure le seul et unique Seigneur de nos vies, il est important de puiser régulière-ment à la source de l'Amour par la Parole de Dieu, la prière et les sacrements. Nourris du Pain quotidien de la Parole et de l'Eucharistie, greffés sur la vie de Jésus, nous laissant " émonder " par la Parole et par les épreuves de la vie, nous produirons de nombreux fruits de l'Esprit.

Si notre croissance dans notre cheminement spirituel est le fruit de l'action conjointe de l'Esprit et de notre libre réponse aux exigences évangéliques et aux appels de Dieu, il faut demander la persévérance et la générosité pour d'abord être à l'écoute de l'Esprit Saint et pour ensuite répondre à ses motions, à ses inspirations, à ses appels. Il faut de plus résister au tentateur qui veut nous détourner de la montagne de la perfection. Mais une fois que nous avons pris la route, il s'agit de persévérer. "Se laisser conduire par l'Esprit", n'est pas chose acquise. Plus nous nous découvrons incapables par nous-mêmes d'atteindre ce but, plus nous nous abandonnerons au travail de la grâce qui se fait souvent de manière tellement impercep-tible qu'on a l'impression qu'il ne se passe rien.

Avec grande simplicité et humilité, soyons signes d'espérance pour l'Église et pour le monde. Soyons, par notre joie contagieuse, des témoins de Jésus Ressus-cité. Soyons, par notre espérance, des témoins de cette foi qui nous habite en Jésus Seigneur et Sauveur. Soyons, par notre fidélité à l'Esprit Saint, des propagateurs de cette vie qui jaillit du Cœur ouvert de Jésus. Nous serons alors "une chance pour l'Église et le monde", selon l'expression de Paul VI.

Bonne marche dans les voies de l'Esprit Saint !

MONIQUE ANCTIL, r.s.r.
Responsable diocésaine

Le Renouveau dans l'Esprit,une grâce de Pentecôte !

Un savant conférencier affirmait récemment que, si l'Église a l'air mal en point, plusieurs groupes de croyants étaient en train de réinventer le christianisme. De ma place, je me disais : les gens qui ont été rejoints par le Renouveau dans l'Esprit sont de ceux-là. Nous avons été rejoints; ce n'est pas nous qui avons choisi le Renouveau comme on adhère à tel parti politique ou on opte pour le ski de fond comme activité hivernale de plein air.

C'est cela, une grâce, un cadeau, un don gratuit qui, un bon matin et sans qu'on sache bien pourquoi, nous arrive entre les mains. Ce cadeau a rapport à l'Esprit Saint, la troisième Personne de la Trinité, la moins connue pour la majorité des gens, la plus discrète aussi. Mais, là où est l'Esprit, le Père et son Fils ne sont jamais loin, car l'Amour réciproque qui les unit est si fort et si grand qu'il constitue cette troisième Personne qu'est le Saint Esprit. Il nous vient du Père et nous unit intimement au Fils, nous façonne sur son modèle.

Une grâce de Pentecôte

Le Renouveau charismatique est d'abord une grâce de Pentecôte. Pour les Juifs, cette fête rappelait le don de la Loi à Moïse sur le Sinaï; pour nous, chrétiens, la descente de l'Esprit sur le groupe des Apôtres rassemblé au Cénacle autour de Marie. Ces deux événements sont des points de départ, des commencements : Un ramassis de toutes sortes de gens avaient fui l'Égypte à la suite de Moïse; grâce à la Loi, ils seront éduqués et formés aux mœurs de Dieu. C'est la naissance du peuple juif ! Une poignée de disciples qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée s'étaient retrouvés désemparés après l'exécution de leur Maître, mis en croix. Les apparitions du ressuscité les avaient gardés ensemble, mais ils demeuraient des plus discrets. La peur au ventre, ils cherchaient plutôt à se faire oublier. L'irruption de l'Esprit transforme cette douzaine d'apeurés en une troupe de choc; ils témoignent que Jésus est Vivant, Seigneur et Sauveur, avec tellement de force et d'autorité que des milliers de gens adhèrent à Lui dès cette première prédication. C'est la naissance de l'Église!

Une expérience de transformation intérieure

La grâce de Pentecôte comporte une rencontre avec Jésus, une personne bien vivante qui est alors entrée dans ma vie, un peu comme l'âme-sœur le fait pour les gens qui formeront un couple. Désormais, ce qui se rapporte à Jésus me concerne person-nellement. Il ne s'agit plus de doctrine, d'un savoir appris et un peu oublié, mais d'une relation vitale entre Lui et moi. Tout ce qui l'affecte me touche. En Lui, j'ai trouvé le trésor pour lequel je vais tout sacrifier, la perle rare unique au monde! Jusque là, j'ai pu être un bon chrétien, une bonne croyante qui observait les commandements et qui faisait son possible. Au baptême, on m'avait allumé au cierge pascal, mais je ne brûlais rien; ah! quelques tisons dormant sous la cendre. Et voilà que le feu est pris! Un jour, Jésus avait dit à ses disciples : "Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé." Jusqu'au jour de la Pentecôte, le feu couvait. Alors le vent de l'Esprit est venu enflammer le cœur des disciples et leur petite communauté s'est muée en buisson ardent.

Ouverture à la fraternité

L'extraordinaire transformation des disciples a fait d'eux non des surhommes, des étoiles ou des champions qui trônent seuls au sommet, mais des témoins de l'amour qui vient de Dieu et qui s'est répandu dans les cœurs. Ainsi les cercles des douze apôtres et des soixante-douze disciples mentionnés dans les évangiles s'ouvrirent d'emblée à trois milles frères et sœurs. Entre les croyants, règne un esprit de famille. Ils forment une grande fraternité, une communauté dont le ciment est la foi en Jésus Seigneur, où l'accueil des petits, des pauvres et des nouveaux croyants se remarque vite dans le milieu.

Jésus Seigneur et Sauveur !

Cette nouvelle collectivité se rassem-ble autour de la personne de Jésus que l'on reconnaît non seulement comme un homme remarquable, un penseur ou un réformateur social, voire un grand prophète, mais comme Seigneur. Car celui qui fut rejeté, condamné, relégué au dernier rang de la société et mis en croix comme un malfrat, Dieu l'a ressuscité, il l'a exalté et désormais il siège dans les cieux, associé à la gloire même de Dieu; il est assis à la droite du Père. Nous savons bien qu'il n'y a pas de fauteuils chez Dieu, mais nous utilisons nos expressions pour dire que ce Jésus, il est le Fils de Dieu, Dieu né de Dieu, égal au Père.

Sa mise à mort où chacun, par ses péchés, a sa part de responsabilité, ne doit cependant pas nous précipiter dans la culpabilité. C'est à cause de nos crimes qu'il a été transpercé, à cause de nos fautes qu'il fut écrasé; mais dans ses blessures nous trouvons la guérison, le rachat de nos péchés (Is 53,5-6). Alors que le Malin pensait lui porter le coup fatal en le précipitant dans une mort honteuse, il s'enferrait lui-même et donnait à Jésus l'occasion d'accomplir sa mission de Messie. "Il n'y a pas de plus grand acte d'amour que de donner sa vie pour ses amis." Le peuple qui gisait dans les ténèbres, la foule des saints patriarches, prophètes et priants de l'Ancien Testament: Adam et Ève, Sara et Abraham, Moïse, David, Elie, Isaïe et Jérémie, Ruth, Jean le Baptiste, etc…, ont vu entrer au royaume des ombres et se tenir au milieu d'eux Celui qui se présente comme la lumière du monde. Les portes des enfers s'en trouvèrent défoncées et le Vivant les entraîna à sa suite dans la maison de son Père; Satan se trouvant le bec à l'eau avec sa prison éventrée.

La mort de Jésus est source de Vie, car elle est le dernier pas du Messie vers la Résurrection, sa victoire sur la mort, le péché et les forces du Mal. Le vendredi saint et le matin de Pâques ne forment qu'un seul et unique grand mystère, le mystère pascal.

La continuelle conversion à Jésus Seigneur

À la différence des anges qui sont "enlignés" une fois pour toutes quand ils ont opté pour ou contre Dieu et son Christ, les humains ont à refaire leur élection non seulement chaque matin, mais à tout instant de leur existence terrestre. Même s'ils se sont donnés au Seigneur, ils portent en eux une inertie, des penchants qui les poussent à s'écarter des chemins ouverts par Jésus. Saint Paul gémissait : "Je commets le mal que je ne veux pas et je n'accomplis pas le bien que je me propose"; il y a deux hommes en moi… Un saint et un pécheur, Adam et le Christ. Nous sommes "doubles", c'est à dire qu'il y a de la duplicité en nous (notre cœur : tantôt une maison de prière, tantôt une caverne de voleurs). Se convertir, c'est retourner sans cesse aux consignes du Sauveur : "Nul ne peut servir deux maîtres"; il faut se décider : Dieu ou l'argent? Jésus ou ma carrière? L'Évangile ou la gloire du monde?

Celui ou celle qui est loin de Jésus croit n'avoir pas de péché; Le rencontrer, c'est entrer dans son Amour et sa Lumière et alors se découvrir pécheur. Or, plus on avance dans la lumière, plus on prend conscience de notre besoin de conversion; celle-ci se fait d'abord comme en surface; elle devra ensuite toucher les couches profondes de notre être psychique, moral et spirituel. C'est le travail de toute une vie; et ce n'est pas le travail d'un homme ou d'une femme, mais l'oeuvre de l'Esprit de Jésus dans l'homme ou la femme qui patiemment demande : "Convertis-moi et je serai converti". Se convertir, c'est entreprendre le chemin de la sainteté, un chemin dont on connaît le terme, la vie auprès de Jésus, ma Joie. C'est pouvoir dire avec saint Paul : "Pour moi, vivre, c'est le Christ". Cependant les étapes de ce chemin, plus ou moins nombreuses et ardues, ne nous sont révélées qu'une par une, selon le mot de Jésus : "À chaque jour suffit sa peine."

Vie de prière

La grâce de Pentecôte va s'intensifier et se renouveler en nous par une vie de prière intense et continue, par l'étude de la Parole de Dieu et par la participation à l'Eucharistie. Un des beaux cadeaux du Renouveau dans l'Esprit fut de retrouver la source de la prière en nous : non plus répéter et reprendre sans cesse des formules toutes faites, apprises de mémoire ou lues au dos d'une image, mais prier d'abondance, spontanément, avec nos propres mots, les mots du cœur. Si c'est l'Esprit de Jésus qui nous a saisis, il va nous faire prier à la manière de Jésus, nous faire crier vers Dieu : Abba! Mon Père! Mon papa d'amour! Selon qu'on soit plus ou moins "parleur", les louanges fuseront de nos lèvres ou bien, dans un silence ébloui, notre cœur se fondra d'émerveillement face à cette Présence. Comme Jésus, dans la prière qu'il nous a transmise, nous ferons nôtres les Volontés du Père. La conscience de notre condition pécheresse nous poussera à solliciter le pardon de nos fautes en rappelant la miséricorde qu'il n'a jamais manqué de manifester à ses élus. L'évocation de ces pardons, comme celle des multiples faveurs dont il a gratifié son Église et l'humanité, va enfin nous projeter dans l'action de grâces; c'est plus que dire " merci ", c'est une profession de foi en ce Dieu qui n'est pas d'abord Tout-Puissant, Justicier ou Policier partout présent, mais Amour, Père au cœur débordant de tendresse et de sollicitude pour ses enfants que nous sommes, et ces pauvres mal-pris que sont les pécheurs, c'est à dire, encore nous!

Cette grâce de Pentecôte va aussi s'épanouir par l'étude de la Parole; j'entends une lecture assidue, attentive, accompagnée de prière et sous la mouvance de l'Esprit. Lui qui l'a inspirée à l'auteur sacré, peut la faire revivre pour nous, nous la faire entendre comme si elle était prononcée pour nous aujourd'hui. Cette lecture diffère du tout au tout de celle du journal ou d'un roman. Elle ressemble plutôt à celle d'une lettre venant d'un être cher. On la désigne souvent avec une expression latine : la lectio divina.

Participer à l'Eucharistie, c'est plus qu'aller à la messe : c'est s'associer intimement à la vie de l'Église, le corps du Christ dont je suis un membre ou une cellule vivante. Recevoir les sacrements restaure et fortifie la vie de Dieu en moi. La personne qui veut rester en santé s'alimente bien et visite régulièrement son médecin. Il en va de même dans la vie spirituelle. Il n'y a jamais eu autant d'anémiques et d'anoréxiques autour de nous, soit tous ces gens qui se disent croyants, voire bons catholiques, mais ne voient plus l'urgence de se nourrir de la Parole et du Pain de vie.

L'Esprit présent et à l'oeuvre

La grâce de Pentecôte nous donne un regard neuf sur la vie et le monde, ce qui nous amène à découvrir la présence et l'action de l'Esprit en nous et dans l'Église. Que de fois, personnellement je me suis entendu dire en prédication ou au sacrement du Pardon des paroles que je n'avais pas préparées, auxquelles je n'ai pas l'habitude de recourir! Par la suite, quelqu'un vient me dire qu'il a été touché par cette parole. Ce ne venait pas de moi, de mes études ou de mes lectures; c'est l'Esprit qui l'a mise dans mon cœur et sur mes lèvres selon les mots mêmes de la prière que je dis avant de proclamer l'Évangile ou en accueillant quelqu'un en confession. De même, il m'est arrivé d'aller visiter une personne malade sur l'impulsion du moment, sans l'avoir planifié, ou bien parce que je passais devant sa porte à l'hôpital, de lui donner les sacrements et d'apprendre le lendemain qu'elle était passée de l'autre côté de la vie. En Église, l'Esprit nous réserve aussi de belles et grandes surprises. Qui aurait gagé que le règne de Jean XXIII, ce bon gros vieillard, allait changer le visage de l'Église catholique au XXe siècle. Voilà pourquoi, je ne désespère pas devant la situation présente. Je me redis la réponse d'Abraham à Isaac qui s'inquiétait à propos de la victime pour le sacrifice qu'ils allaient offrir : "Dieu pourvoira".

Pareille attitude aide beaucoup à garder le cœur en paix, un des fruits de l'Esprit; c'est ainsi que peut se développer et s'instaurer en nous et autour de nous ce que Jean-Paul II appelle une culture de Pentecôte, une mentalité qui, dans un regard de foi, nous fait percevoir l'action et la présence de l'Esprit et nous amène à nous croire moins importants ou essentiels parce que c'est Jésus qui est Seigneur, alors que nous ne sommes que des serviteurs et servantes quelconques sinon inutiles.

Porteurs d'Évangile

La grâce de Pentecôte, lorsqu'on lui permet de grandir et de porter ses fruits nous conduit à proclamer l'Évangile, un peu comme les Apôtres au sortir du Cénacle. Le zèle joyeux qui remplit alors les cœurs fait qu'on ne peut taire une Bonne Nouvelle aussi extraordinaire.

Ce zèle est nourri et porté par la puissance et la beauté de la Parole de Dieu. Ce qu'elle a produit en nous, elle le produira chez ceux et celles qui la découvriront par nos soins. Même si elle fut proclamée ou couchée par écrit voilà plus de vingt siècles, elle n'a rien perdu de son efficacité. De même que la pluie qui tombe du ciel n'y retourne pas en vapeur sans avoir fécondé la terre, ainsi la Parole ne retourne pas à Dieu sans avoir chamboulé, converti des cœurs. Le même Esprit qui l'a inspirée hier, la ranime aujourd'hui et lui fera encore réchauffer les cœurs pendant les siècles qui nous séparent du retour de Jésus en gloire.

Dons et charismes

Le message d'Amour, l'annonce joyeuse de notre entrée dans la lumière de la Vérité et du recouvrement de notre liberté d'enfants de Dieu possèdent une valeur qui dépasse les talents des piètres messagers que nous sommes. L'Esprit du Seigneur, dans sa sagesse, ne nous envoie pas démunis et dépourvus; il nous a dotés de ses dons et charismes, lesquels ne nous font pas grandir en sainteté et perfection, mais nous habilitent à un meilleur service. On le sait, les dons et charismes ne sont pas donnés pour le bénéfice de qui les reçoit mais pour le bien de l'Église et du prochain, c'est-à-dire des destinataires de l'Évangile.

Rendons grâces

Oui, rendons grâces pour ce nouveau printemps de l'Église. Demeurons ouverts aux surprises de l'Esprit. On lit parfois qu'après 35 ans, le Renouveau s'est assagi. Il nous faut garder ce brin de folie qui fait de nous des "fous de Jésus Christ". Si nous nous présentons comme des vieux du Renouveau charismatique, alors nous sommes morts!

Vive Jésus qui, par son Esprit, nous donne la Vie nouvelle!

Paul-Émile Vignola, prêtre.
Répondant diocésain.



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