VOUS SEREZ MES TÉMOINS !


Vol. 27, no 3, mars 2003

AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :

Avance au large… sous le Souffle de l'Esprit ! :
Monique Anctil, r.s. r., responsable diocésaine
Année du Rosaire  /  Litanies à la Vierge Marie :
Monique Anctil, r.s. r., responsable diocésaine
La triple grâce du Renouveau dans l'Esprit :
Paul-Émile Vignola, ptre, répondant diocésain
Prière de consécration à l'Esprit Saint
de Sr Claire Gagné
Les mémoires des JMJ
Témoignages de Dave Hammond et de Joëlle-Valérie Fournier
L'assemblée de prière, une grâce de Pentecôte
Pierre-Yves Champfort
Une grâce : la communauté
Mgr Michel Santier
Réflexion  /  Témoignages  /  Écho des groupes  /  Informations

Vous pouvez lire l'ensemble des articles publiés dans ce numéro
en vous procurant la version imprimée de « Vous serez mes témoins ! ».

L'année 2003 marque le 30e anniversaire du Renouveau charismatique catholique dans notre diocèse. C'est un événement de grâce que nous célébrerons à l'occasion de notre Congrès charismatique diocésain qui se tiendra les 23 et 24 mai prochain.

Célébrer un anniversaire, c'est reconnaître la générosité de tant d'hommes et de femmes qui ont prêté leur cœur, leurs mains et leurs pieds au Seigneur pour garder vivante la flamme du Renouveau dans l'Esprit au sein de notre Église diocésaine.

Célébrer un anniversaire, c'est bien plus! C'est magnifier l'immense amour de notre Dieu qui, par le Souffle de l'Esprit Saint, a allumé ce feu du Renouveau dans l'Esprit dans notre Église; c'est également chanter la fidélité du Seigneur qui a su, à travers la faiblesse et la fragilité de ses serviteurs et servantes, laisser éclater la puissance de son Amour.

Depuis les tout débuts du Renouveau charismatique, on tente de trouver ou d'expliquer l'origine de cette grâce faite à toute l'Église. Et pourtant, le Renouveau charismatique n'est pas un produit importé de tel ou tel pays, ou de telle religion ou secte; il est d'abord et avant tout une grâce de Pentecôte. Il nous ramène donc à un christianisme de Pentecôte et l'on ne peut véritablement comprendre cette grâce du Renouveau dans l'Esprit que dans la mesure où l'on se laisse déranger et bouleverser par l'extraordinaire grâce de Pentecôte qui a donné naissance à l'Église.

Au début de cette année jubilaire, il est bon de se rappeler que le Renouveau charismatique est né d'une expérience de Pentecôte, celle de quelques étudiants et professeurs de l'université Duquesne ou du Saint-Esprit, de Pittsburg. Au printemps de 1966, deux de ces professeurs, désirant vivre une vie chrétienne plus fructueuse et plus satisfaisante, se mettent à étudier, à partager et à prier ensemble. Ils sentent alors le besoin de s'en remettre en toute confiance à l'Esprit Saint et à prier quotidiennement l'un pour l'autre en récitant la séquence de la liturgie de la Pentecôte, " Viens Esprit-Saint! " Ils se mettent aussi à étudier la vie de l'Église primitive, surtout décrite dans le Nouveau Testament. Au fil des jours, leur cœur se remplit d'une attente confiante que l'Esprit Saint viendrait sur eux comme sur les chrétiens du temps des Apôtres. Tout au long de ce parcours, ils lisent deux volumes qui les touchent particulièrement : " La Croix et le Poignard ", de John et Élisabeth Sherrill et " Ils parlent en d'autres langues ", de John L. Sherrill. En 1967, ils se retrouvent, une trentaine d'étudiants et de professeurs, dans une maison de retraite " L'Arche et la Colombe ", pour vivre une fin de semaine centrée sur les quatre premiers chapitres des Actes des Apôtres. Ils méditent et prient toute la journée du samedi. Ils se proposent, en soirée, de célébrer l'anniversaire de trois des retraitants. Ce fut une fête, mais non pas comme on l'avait projetée. Ils vivent ce soir-là, une explosion charismatique, une effusion de l'Esprit. Tel fut le début du Renouveau charismatique dans l'Église catholique.

Dans notre diocèse, c'est en 1973, à la suite d'une retraite prêchée par le Père Vincent Therrien, v.d. à deux groupes de religieuses, que se sont multipliés les groupes du Renouveau charismatique. Bien que moins spectaculaire que celle de l'université du Saint-Esprit, cette expérience n'en fut pas moins marquante et transformante. Ceux et celles qui ont vécu cette expérience initiale gardent le souvenir émerveillé des premières découvertes qui encore aujourd'hui, il faut l'espérer, portent des fruits : joie de la prière, accueil fraternel, louange, soif de la Parole de Dieu, amour renouvelé de l'Église, témoignages de foi, désir d'évangélisation… Cette expérience s'est répétée depuis, pour des milliers de personnes.

La grâce du Renouveau charismatique est essentiellement un grâce de Pentecôte et sa mission est de promouvoir ou de véhiculer une nouvelle vie dans l'Esprit au sein de l'Église. Mais pour que cette mission demeure vivante, il nous faut :

- croire que la grâce de l'EFFUSION DE L'ESPRIT SAINT est pour toutes et tous,
- développer, dans nos communautés charismatiques, une spiritualité de COMMUNION qui nous fera vivre dans l'unité malgré nos différences,
- désirer et accueillir les DONS et CHARISMES, des plus simples aux plus extraordinaires, tous nécessaires pour la construction du Royaume,
- devenir MISSIONNAIRES car la grâce de Pentecôte est essentiellement un envoi en mission,
- être des serviteurs et des servantes de la LOUANGE, et rendre TÉMOIGNAGE des merveilles du Seigneur dans notre vie.

Pour que le feu de Pentecôte, qui a brûlé notre cœur au moment de l'effusion de l'Esprit Saint, ne s'éteigne pas, il faut demeurer sous le Souffle de l'Esprit qui Seul peut entretenir la flamme ou attiser les braises qui étouffent sous la cendre. De par notre baptême, nous participons à la vie de Dieu. Nous devenons les temples de l'Esprit Saint et nous sommes appelés à vivre dans l'Esprit et à nous laisser conduire par Lui. La grâce de Pentecôte est de rendre vivante en nous la puissance de l'Esprit Saint donné au baptême mais maintenant répandu avec encore plus de force pour que nous puissions accomplir notre mission de témoins de Jésus; cette mission, réalisée dans la puissance de l'Esprit, sera accompagnée de signes et de miracles. Jésus lui-même nous l'a promis : " En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. " (Jn 14, 12)

Nous, qui avons fait cette merveilleuse expérience de l'effusion de l'Esprit, il nous faut continuer à vivre selon l'Esprit, à " AVANCER AU LARGE, POUSSÉS PAR LE SOUFFLE DE L'ESPRIT SAINT, sinon nous risquons de nous faire dire à la suite des Galates : " Êtes-vous à ce point dépourvus d'intelligence, que de commencer par l'esprit pour finir maintenant dans la chair? Et ce serait bel et bien en vain. Celui donc qui vous prodigue l'Esprit et opère parmi vous des miracles, le ferait-il parce que vous pratiquez la loi ou parce que vous croyez à la prédication? " (Ga 3, 3-4)

Se placer sous le Souffle de l'Esprit Saint, c'est s'ouvrir totalement à l'AMOUR, cet amour de Dieu répandu en nos cœurs par l'Esprit qui nous a été donné. C'est s'abandonner à sa puissance transformante qui nous amène à expérimenter la présence et l'action du Seigneur dans notre vie. C'est écouter la voix de l'Esprit qui nous guide et nous aide à accomplir notre mission en nous appuyant uniquement sur Sa force et non pas sur nos propres forces.

Vivre selon l'Esprit, c'est entrer dans le combat spirituel pour que Jésus soit le Seigneur de toute notre vie; ceci exige une conversion constante. C'est l'Esprit lui-même qui dirige, inspire et accompagne le mouvement de notre conversion : faire passer le désir du Seigneur avant le nôtre, changer nos paroles et nos manières d'agir afin qu'elles deviennent conformes à la mentalité de Jésus, comme l'exprime saint Paul, nous " revêtir de Jésus-Christ " (Rm 13, 14) . Cette conversion se traduit peu à peu par les fruits qu'elle produit : " amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi… " (Ga 5, 25)

Pour continuer à vivre dans l'Esprit Saint, il nous faut garder une foi pleine d'espérance, c'est-à-dire avoir la certitude que Dieu agira en notre faveur et qu'il nous enverra son Esprit " pour être toujours avec nous ". Croire que Jésus, encore aujourd'hui, a le pouvoir de redonner la vue aux aveugles, de guérir les malades et même de ressusciter les morts… Jésus est Vivant et il est Seigneur ! " Il est le même hier, aujourd'hui et il le sera à jamais " (He 13, 8).

Cette vie dans l'Esprit atteindra une certaine maturité par l'accueil de l'amour de Dieu et un attachement toujours plus profond à Jésus-Christ, amour nourri quotidien-nement aux sources de la prière, de la Parole de Dieu, des sacrements qui insuffleront à notre vie spirituelle une vigueur nouvelle pour vivre en fils et en filles bien-aimés du Père, en disciples de Jésus et en serviteurs et servantes de nos frères et sœurs.

Jean Paul II, dans sa Lettre Apostolique Novo millennio ineunte, nous invite à vivre au grand vent de l'Esprit, à nous ouvrir à la liberté de l'Esprit Saint qui souffle " là où il veut, quand il veut et comme il veut " (cf. Jn 3, 8). Il est important qu'à chacune de nos assemblées de prière, l'accueil de l'Esprit Saint devienne une demande instante de disponi-bilité, de docilité, d'écoute, d'attention à sa présence et à son action. Et la Parole de Dieu, s'exprimant dans la prophétie, la parole de sagesse, la proclamation d'un texte des Écritures, doit être accueillie, écoutée, enseignée et priée sous l'action de l'Esprit Saint.

Le Père Raniero Cantalamessa rappelle que la fidélité à la grâce de l'effusion de l'Esprit exige de " passer de l'exercice de tel ou tel charisme à une vie charismatique, c'est-à-dire à une vie vécue selon l'Esprit à chaque instant. " (La sobre ivresse de l'Esprit, Tome 1, p. 58) Il ajoute : " Nous devons découvrir ce que nous sommes devenus dans le baptême, pour savoir ce que nous devons faire dans la vie. Notre devoir naît de notre être : " Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse agir " (Ga 5, 25). " (Idem, p. 64)

Oui, puisque l'Esprit est notre vie, avançons avec confiance et laissons-nous conduire par son Souffle puissant et nous verrons éclater, au milieu de nous, la gloire de notre Dieu !

MONIQUE ANCTIL, r.s.r.
Responsable diocésaine

ANNÉE DU ROSAIRE

Le 16 octobre 2002, en la 25e année de son pontificat, Jean-Paul II a proclamé " l'année qui s'étend d'octobre 2002 à octobre 2003, année du Rosaire. " Il désire remettre "entre les mains de la Mère de Dieu la vie de l'Église... et celle de l'humanité."

Dans sa Lettre apostolique "Rosarium Virginis Mariae", le Pape témoigne que la méditation personnelle de la vie de Jésus dans la récitation du Rosaire a une place importante dans sa vie spirituelle, depuis ses plus jeunes années. Le Rosaire, dit-il : "m'a accompagné dans les temps de joie et dans les temps d'épreuve. Je lui ai confié de nombreuses préoccupations. En lui, j'ai toujours trouvé le réconfort."

Il est de tradition, après un temps jubilaire, de consacrer une année à la Vierge Marie pour "implorer son aide afin que fructifient les grâces reçues." Après l'année jubilaire, le Saint Père invite le peuple de Dieu à "repartir du Christ." Il ressent la nécessité de redécouvrir la pratique du Rosaire, car "il concentre en lui la profondeur du message évangélique, dont il est presque un résumé… Réunis en mystères joyeux, douloureux et glorieux, ils nous mettent en communion vivante avec Jésus à travers le cœur de sa Mère, pourrions-nous dire. En même temps, nous pouvons rassembler, dans ces dizaines du Rosaire, tous les événements de la vie individuelle ou familiale, de la vie de notre pays, de l'Église, de l'humanité, c'est-à-dire nos événements personnels ou ceux de notre prochain, et en particulier de ceux qui nous sont les plus proches, qui nous tiennent le plus à cœur. C'est ainsi que la simple prière du Rosaire s'écoule au rythme de la vie humaine. " (No 2)

Afin de donner à cette prière du Rosaire, une orientation plus christologique, le Pape ajoute de nouveaux mystères : les mystères lumineux ou mystères de lumière qui nous permettent de contempler les grands événements de la vie publique du Christ entre le Baptême et la Passion : - au moment de son Baptême au Jourdain, - dans son auto-révélation aux noces de Cana, - dans l'annonce du Royaume de Dieu avec l'invitation à la conversion, - dans sa Transfiguration, - dans l'institution de l'Eucharistie, expression sacramentelle du mystère pascal.

Le Saint Père exprime le souhait que cette prière soit proposée et mise en valeur de façon particulière dans les différentes communautés chrétiennes. Il recommande à l'efficacité de cette prière deux intentions bien précises :

- la cause de la paix dans le monde et
- celle de la famille, " cellule de la société, toujours plus attaquée par des forces destructrices au niveau idéologique et pratique ".

Il invite à ne pas perdre ce précieux héritage qu'est la prière du Rosaire, jadis particulièrement chère aux familles chré-tiennes. " Il faut, dit-il, se remettre a prier en famille et à prier pour les familles en utilisant cette forme de prière. "

Nous faisant entrer dans la contemplation du Christ en compagnie de sa Mère, la Vierge Marie, le Rosaire devient une véritable école de contemplation et d'évangélisation.

Que la Mère de Dieu, qui est aussi Mère de l'Église et Mère de tous les enfants du Père, nous conduise vers son Fils et nous fasse cheminer sur les voies de la FOI, de l'ESPÉRANCE et de l'AMOUR par la contemplation du Visage du Christ à travers les Mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de sa vie.

Le Saint Père nous propose une façon de prier le Rosaire en sept étapes :

1. Énoncer le mystère.
2. Écouter la Parole de Dieu en lien avec le mystère.
3. Prendre un moment de silence pour s'imprégner de la Parole.
4. Réciter le " Notre Père ".
5. Réciter les dix " Ave ".
6. Terminer la dizaine par l'acclamation à la Trinité, le " Gloire au Père " qui peut être chanté.
7. Terminer la dizaine par une invocation finale, une prière destinée à obtenir les fruits spécifiques de la méditation du mystère.

Je vous invite à lire et à méditer cette magnifique Lettre Apostolique Le Rosaire de la Vierge Marie. Dans notre pèlerinage de foi, elle nous entraînera dans une découverte plus profonde de Jésus par Marie.

MONIQUE ANCTIL, r.s.r.
Responsable diocésaine


                       LITANIES À LA VIERGE MARIE

Sainte Marie, Mère de Dieu,               prie pour nous.
Honneur et gloire d'Israël,               prie pour nous.
Aurore des temps nouveaux,                prie pour nous.
Épouse de Joseph,                         prie pour nous.
Comblée de grâce,                         prie pour nous.
Chantre des merveilles de Dieu,           prie pour nous.
Temple vivant du Verbe éternel,           prie pour nous.
Mère de l'Emmanuel,                       prie pour nous.
Accueil des pauvres et des petits,        prie pour nous.
Cœur de silence et de prière,             prie pour nous.
Disciple fidèle du Seigneur,              prie pour nous.
Joie des noces de l'Alliance,             prie pour nous.
Terre fécondée par la Parole,             prie pour nous.
Cœur transpercé de douleur,               prie pour nous.
Mère des disciples,                       prie pour nous.
Étoile dans la nuit,                      prie pour nous.
Mère de l'Église,                         prie pour nous.
Dans nos souffrances,                     soutiens-nous.
Dans nos doutes,                          éclaire-nous.
Dans nos maladies,                        soulage-nous.
De nos blessures,                         guéris-nous.
De nos peurs,                             libère-nous.
Pour notre Saint Père,                    nous te prions.
Pour les jeunes que Dieu appelle
               à servir dans l'Église,    nous te prions.
Pour notre communauté chrétienne,         nous te prions.
Pour tous les membres de nos familles,    nous te prions.
Pour la paix sur notre terre,             nous te pions.

           Sous ta garde, nous nous réfugions,
                   Sainte Mère Dieu.  
      Ne méprise pas nos prières dans nos besoins,
       mais de tout danger, délivre-nous toujours,
           Vierge glorieuse et bénie.  Amen !

La triple grâce du Renouveau dans l'Esprit

Lors du grand Jubilé de l'an 2000, sous la vigoureuse impulsion de Jean-Paul II, nous avons pris conscience que le XXe siècle avait été un temps de grâce exceptionnel pour l'Église. Certes, il fut rempli de guerres atroces et de drames déplorables, mais il produisit un lot impressionnant de martyrs, de témoins extraordinaires de la foi, d'apôtres au coeur brûlants d'amour et d'événements qui contribuèrent à donner une nouvelle vigueur au Peuple de Dieu; pensons aux renouveaux biblique, liturgique et catéchétique confirmés par le concile oecuménique Vatican II; n'oublions surtout pas le Renouveau charismatique dont l'Esprit combla l'Église deux ans après la clôture du concile.

Le cadeau du Seigneur à l'Église dans le Renouveau, c'est le baptême dans l'Esprit, ce qu'on a convenu d'appeler " effusion de l'Esprit " pour éviter toute confusion. Car il ne s'agit nullement d'un nouveau sacrement, mais plutôt d'une grâce personnelle qu'on accueille en Église. On s'approprie alors les trésors mis à la disposition de chacun lors de son initiation chrétienne, soit d'abord à son baptême, mais également à sa confirmation et à sa première communion. Combien de gens les ont reçus sans en être conscients ou par conformisme? L'effusion de l'Esprit vient réveiller les fruits de mon baptême et de ma participation à l'Eucharistie. Comme Jacob, je découvre tout étonné : " Dieu était là, et je ne le savais pas " (Gn 28,16). Comme pour Paul à Damas, des écailles me tombent des yeux et il m'apparaît hors de tout doute que Dieu m'aime infiniment, que Jésus est Vivant et Seigneur de ma vie, que son Esprit habite en moi et veut agir en moi pour le Salut du monde.

Après que Jean ait plongé Jésus dans le Jourdain, l'Esprit du Seigneur vint sur lui et y demeura jusqu'au Calvaire. Lors de mon baptême, après avoir versé l'eau et avant l'onction avec le saint-chrême, le ministre m'a dit : " Désormais,…tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi ". Ces trois titres de Jésus ne lui sont pas donnés au hasard. Ils expriment trois aspects de sa mission. Jésus reçut alors une onction royale par laquelle il se trouve habilité à lutter contre Satan et les forces du mal. Immédiatement, l'Esprit le pousse au désert pour y être tenté (Mc 1,12). Investi d'une onction prophétique, le Maître se voit poussé à porter aux pauvres la Bonne Nouvelle de l'Évangile. A la synagogue de Nazareth, il proclame un oracle d'Isaïe et se l'applique textuellement (Lc 4,18). Enfin Jésus reçoit une onction sacerdotale qui le porte à la prière : Luc rapporte que l'Esprit fit tressaillir de joie Jésus qui s'écria : " Je te bénis, Père… " (Lc 10,21). De fait, Jésus s'adresse au Père et lui présente son sacrifice au Calvaire; il prie et s'offre non pour lui-même mais pour ses frères et ses soeurs en humanité.

Comme baptisés, nous participons à cette triple onction reçue par Jésus : " Le Seigneur Jésus, que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde (Jn 10,36), fait participer tout son corps mystique à l'onction qu'il a reçue. " (Ministère et vie des prêtres, 1,2) Notre Chantier diocésain, en dégageant trois voies de la pastorale, retient dans des mots différents, les trois fonctions pour lesquelles nous sommes unis au Christ. Il s'inscrit dans la ligne du nouveau Code de droit canonique qui déclare : " Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu'incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l'Église pour qu'elle l'accomplisse dans le monde. " (Can 204 § 1) La grâce de l'effusion de l'Esprit peut donc être présentée sous trois visages ou trois formes, ce qui en révèle l'étonnante richesse.

UNE GRÂCE ROYALE

Investi de l'Esprit Saint, Jésus affronte Satan au désert et repousse tous ses assauts. Vaincu, le démon prend du recul pour une charge ultime à l'heure de la Passion; il croira avoir réglé son compte à cet opposant d'exception lorsque, mort en croix, Jésus sera déposé au tombeau. Mais la situation bascule complètement au matin de Pâques : ayant accepté sa passion et sa mort par obéissance au Père et par amour des humains, Jésus transforme cet apparent triomphe du démon en victoire suprême de Dieu et en défaite suprême de Satan.

Aux lendemains de Pâques et de la Pentecôte, pour les disciples de Jésus, tout semble continuer comme avant. Le combat se poursuivra jusqu'à la fin du monde, soit jusqu'au retour du Christ pour instaurer définitivement le Royaume de Dieu. Saint Pierre parle du démon comme d'un lion rugissant qui rôde sans trêve, cherchant qui dévorer. Saint Paul nous détaille les armes mis à notre disposition pour le combat spirituel et nomme les puissances des ténèbres qui, dans les airs, mènent la marche du monde. Saint Ignace de Loyola, présente deux armées opposées ayant chacune son étendard et nous presse de rallier celui du Christ.

Aujourd'hui, la plus grande ruse de Satan est de nous faire croire qu'il n'existe pas… Il a dès lors toute latitude pour agir où et quand il le veut. Son pouvoir de mort et sa rage destructrice se sont déchaînés à travers les guerres et révolutions de notre époque; il a multiplié les assauts contre la famille; il s'insinue même dans l'univers des enfants en faisant passer pour un jeu des pratiques spirites comme la table ouija. Face à ces manoeuvres, la première tâche du croyant sera de discerner les esprits, d'appeler les choses par leur nom et de faire la lumière. Ainsi s'amorce un combat avec le Christ pour la Vérité et contre le mensonge, pour la justice et contre l'exploitation, pour le respect des personnes et de l'environnement; car le Royaume de Dieu en est un de fraternité, de paix et de beauté.

UNE GRÂCE PROPHÉTIQUE

L'Esprit qui s'empare de Jésus à son baptême l'accompagnera jusqu'au Calvaire pour qu'il évangélise, porte la Bonne Nouvelle aux pauvres et devienne lumière des nations. Il donne à la parole de Jésus autorité, ce qui la distingue de celle des scribes, et efficacité : quand Jésus parle, il se produit des choses, la tempête s'apaise, le figuier se dessèche, les aveugles voient, les boiteux marchent. Il lui confère aussi son onction propre, empreinte de douceur et de consolation. Jésus a reçu cette force pour qu'il ne " fléchisse pas " (Is 42,4), car sa mission de Serviteur passe par l'opposition, le rejet, la défaite et la mort.

Après la Pentecôte, le souffle prophétique passe par les Apôtres qui portent au monde la Bonne Nouvelle. Comment s'exprime-t-elle? Jésus de Nazareth est mort pour nos péchés et il est ressuscité pour notre justification. " Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton coeur, tu crois que Dieu l'a ressuscité, tu seras sauvé " (Rm 10,9). Voilà l'essentiel de la Bonne Nouvelle : Jésus est Seigneur; il règne sur terre comme au ciel; à travers sa mort et sa résurrection il a établi le Royaume de Dieu; depuis son Ascension, il est exalté au-dessus de tout nom et il siège à la droite du Père. Ce Dieu Père a livré son Fils pour que nous soyons sauvés; le Salut est parvenu jusqu'à nous! Désormais, il n'en tient qu'à nous de l'accueillir et de marcher dans les voies de Jésus.

Jésus est Seigneur; Il règne sur terre comme au ciel; à travers sa mort et sa résurrection il a établi le Royaume de Dieu; depuis son Acension, il est exalté au dessus de tout nom et il siège à la droite du Père.

L'annonce de la Bonne Nouvelle n'expose pas tout du message du Christ; elle se présente comme le glaive de l'Esprit, soit une parole vivante et efficace qui provoque la conversion des gens et la naissance de l'Église. Les charismes sont donnés pour l'appuyer. Par la suite viendront les catéchèses, soit les enseignements sur la morale, l'amour fraternel et la vie en communauté chrétienne.

Être prophète aujourd'hui, c'est avancer et soutenir le point de vue de Dieu et de son envoyé Jésus; ce sera aussi exprimer, à travers ma manière d'être et de vivre, quelque chose que j'ai reçu de Dieu et qui ne peut apparaître que par moi, soit l'image originale de Dieu que je porte en moi-même, cette parole, ce mot d'amour qu'il m'a confié en m'appelant à l'existence; ce sera enfin de proclamer à temps et à contretemps que Jésus est Seigneur, lors de sessions ou de retraites, à l'occasion des fêtes ou de la préparation aux sacrements…

UNE GRACE SACERDOTALE

De même que l'Esprit porte Jésus à la prière, il y pousse l'Église et les fidèles; car le corps et ses membres ne sont rien sans la tête et n'ont avec elle qu'un même agir. Jésus s'est mis très souvent en prière. À côté du Jésus " public " qui enseigne et guérit, les évangiles nous laissent entrevoir un Jésus " privé " qui se retire à l'écart, s'en va dans un lieu désert, de nuit très souvent, pour prier. On rapporte explicitement que Jésus pria lors de son baptême, avant de choisir ses apôtres, au sommet du Thabor et à la dernière Cène. Tenant compte de toutes ces mentions, on découvre un visage contemplatif de Jésus.

L'Esprit Saint est l'âme de la prière de Jésus. Mû par l'Esprit, il s'écrie " Abba! ". " A cette heure même, il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et il dit : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre… " (Lc 10,21). Il en va de même pour nous, disciples du Christ : " La preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père! " (Ga 4,6). Quand nous appelons Dieu " Père " et que nous proclamons Jésus comme " Seigneur ", cela ne vient pas de nous mais de l'Esprit en nous. Dans ce même Esprit, Jésus nous a amenés à dire ensemble, par-delà nos particularismes et nos égoïsmes, " Notre Père… "

Dans sa lettre aux Romains, saint Paul écrit que l'Esprit intercède en nous " par des gémissements ineffables " (Rm 8,26). On voit là une mention explicite de la prière ou du chant en langues; je laisse l'Esprit du Seigneur utiliser ma bouche et mes lèvres pour louer, adorer ou demander, spécialement si je ne sais que dire ou me trouve dans une situation complexe. Si je n'ai pas encore reçu ce don, je puis seulement dire après avoir fait silence en moi, : " Esprit-Saint, viens au secours de ma faiblesse et intercède pour moi selon le dessein de Dieu! " On peut même se limiter à s'ouvrir : " Oui, Amen! Oui, Père! Qu'il m'advienne selon ton dessein, selon ta volonté! " Ce Oui, lancé à l'aveuglette, constitue une prière virtuellement infaillible.

Plusieurs déplorent n'avoir plus le goût de prier. Le secret d'un renouveau, d'un renouvellement de la prière, c'est l'Esprit Saint. Ce souffle puissant redonne vie à ma prière devenue aride et sèche. Laissons-le pénétrer tant notre prière personnelle que liturgique; que ce soit de moins en moins nous-mêmes, et de plus en plus l'Esprit qui prie en nous; que notre prière devienne moins active et de plus en plus passive, moins un discours qu'une contemplation.

La prière du chrétien remplit sa journée. Entre elle et l'action, le rapport en sera un de subordination plutôt que de juxtaposition. Cela veut dire qu'au lieu de prier d'abord, puis de passer à l'action sans plus se référer au Seigneur, on lui présente la tâche à accomplir, à l'exemple de Jésus qui va appeler ses apôtres, puis on procède, mais en demeurant toujours sous son regard, quitte à se tourner à nouveau vers lui à l'occasion d'une pause ou d'une difficulté. Ainsi se réalise la consigne de l'Apôtre : " Priez sans cesse! " (1 Th 5,17).

Peuple sacerdotal, nous maintenons la relation entre Dieu et le monde : nous exprimons la louange et l'adoration de la terre et des cieux, nous implorons le pardon des péchés, nous intercédons avec foi pour l'humanité souffrante et nous rendons grâces pour la présence et l'action du Seigneur en notre faveur. Pareille prière sera expression de toute la personne; non seulement fruit de l'intelligence, mais jaillie du coeur, éventuellement chantée, associée à diverses postures du corps, voire à la danse. Elle est menée en Église et s'inscrit dans l'ordre sacramentel : on prie comme baptisés, rappelant au Seigneur le soutien qu'il a promis à ses enfants, aux époux, aux personnes consacrées et à ses prêtres.

*      *      *

Une conviction profonde m'habite : cette grâce du Renouveau est destinée à toute l'Église. Elle déborde déjà largement les groupes de prière. Ceux-ci agissent comme des rampes de lancement au sein de nos communautés. Car l'Esprit renouvelle la face de la terre.

Paul-Émile Vignola, prêtre.
Répondant diocésain.

Celui qui prie, tient le gouvernail du monde !



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