VOUS SEREZ MES TÉMOINS !


Vol. 27, no 1, octobre 2002

AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :

« Avance en eau profonde ! » :
Monique Anctil, r.s. r., responsable diocésaine
Avance en profondeur! :
Paul-Émile Vignola, ptre, répondant diocésain
Église missionnaire : texte de Jean-Paul II
Paroles de Jésus sur la mission
Écho des groupes / Lancement de l'année / Assemblée des répondants diocésains
Informations / Activités diocésaines
Les Veilleurs ! Cellules de priantes et de priants : un ministère d'intercession.

Vous pouvez lire l'ensemble des articles publiés dans ce numéro
en vous procurant la version imprimée de « Vous serez mes témoins ! ».

Avance en eau profonde !

Par le thème qui oriente notre année pastorale, Jésus nous invite à «avancer en eau profonde». (Lc 5, 4) Il prononce ces paroles parce qu'il sait que c'est là que se trouve le poisson. Oui, n'est-ce pas au grand large de la mer de ce monde, que vivent, travaillent, espèrent... ou désespèrent les femmes et les hommes de notre temps?

Jésus nous demande de quitter la rive et de partir, sur les routes du monde, pour aller à la rencontre de nos soeurs et de nos frères. Lui-même veut rencontrer les gens là où ils sont. Il se rend donc au bord du lac de Gennésareth, carrefour des rassemblements : là, on échange, on partage les nouvelles, on surveille les prises, on les commente… Pressé de toute part par la foule, il monte dans la barque appartenant à Simon et demande qu'on s'éloigne un peu du rivage pour enseigner ces gens brûlés du désir d'entendre une parole qui fait vivre. Cet épisode nous rappelle que l'une des premières missions de l'Église est la prédication de la Parole de Dieu.

L'évangéliste Luc précise que Simon s'est lancé dans l'aventure d'une nouvelle pêche sur la seule parole de Jésus : «Avance au large et jette les filets» (v. 4). Il sait pourtant, par expérience, que le moment est peu propice pour la bonne pêche, mais il ose croire en la parole de son Maître et avec promptitude il pose le geste de foi : «Sur ta parole, je vais lâcher les filets» (v. 5). C'est alors qu'il connaît une pêche miraculeuse.

Dans leur métier de pêcheurs, Simon et ses compagnons ont connu des échecs, leurs pêches n'ayant pas toujours été très fructueuses. Comme eux, il nous arrive souvent d'être confrontés à nos limites et à nos pauvretés. Malgré l'inutilité apparente de nos efforts, il nous faut consentir, sans timidité mais poussés par une foi audacieuse, à lancer nos filets pour la pêche. La seule crainte qui devrait habiter notre coeur est celle exprimée par Paul : «Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile!» (1Co 9, 16)

Dans sa mission, le Christ a voulu s'associer des collaboratrices et des collaborateurs. Il a donc appelés les apôtres, puis à leur suite, il nous a appelés, chacun et chacune de nous, à devenir ses disciples, à agir avec lui et en son nom. Ce travail d'évangélisation se résume en deux mots : ANNONCER JÉSUS-CHRIST, dire qui il est, révéler sa présence, faire connaître l'Amour de son Coeur, redire sa Parole de vie et son pouvoir de guérison. Dans le coeur de toutes les personnes que nous croisons, il existe un désir secret, un besoin pas toujours identifié d'entendre une parole qui fait vivre, une parole qui sauve. Qui osera la prononcer?

Dans sa lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, Jean-Paul II nous rappelle que pour devenir servantes et serviteurs de la Parole dans notre mission d'évangélisation, il faut nous nourrir de la Parole en nous laissant pénétrer de l'ardeur de la prédication apostolique qui a suivi la Pentecôte. (Cf. No 40) Seule la Parole proclamée dans la puissance de l'Esprit Saint saura rejoindre les coeurs et porter des fruits de conversion, de guérison et de libération.

Ce n'est pas autour de nous que doit se rassembler le peuple, mais autour de Jésus-Christ. Lui seul peut éclairer et sauver une vie. Lorsque nous nous ras-semblons en communauté de foi, comme groupes du Renouveau charismatique, nous ne nous réunissons pas autour d'un quelconque animateur, mais autour d'une Personne, Jésus-Christ. Sommes-nous conscients de l'immense grâce qui nous est faite de la présence au milieu de nous de Jésus Seigneur et Sauveur de nos vies? «Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux.» (Mt 18, 20)

Sur la parole de Jésus, Simon et ses compagnons sont partis vers le grand large et ont jeté les filets. C'est alors qu'ils «capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets se rompaient.» Saisis de crainte devant une pêche aussi abondante, Jésus les rassure :«Soyez sans crainte; désormais ce miracle se reproduira par vous grâce à la puissance de ma parole, mais ce sont des hommes que vous prendrez. «La surabondance de cette pêche nous montre bien d'où vient la force de notre mission, c'est-à-dire à quel prix notre mission portera des fruits : la foi en la Parole de notre Dieu et l'audace à avancer au grand large pour y jeter les filets.

Ayant expérimenté la présence de leur Maître et en présence d'un événement aussi merveilleux, «laissant tout, ils le suivirent» (v.11). Nous sommes également invités à suivre le Christ. Il est là, à la porte de notre coeur : il veut entrer; il veut nous donner sa vie, nous combler de son Amour, son Esprit Saint. Il nous suffit de laisser la porte ouverte, ne pas la verrouiller par nos refus, nos manques d'amour et nous «laisser conduire par l'Esprit». (Ga 5, 16)

Pour annoncer Jésus-Christ, il nous faut l'accueillir et le porter en nous. L'évangélisation du monde se fait d'abord par le témoignage de la vie : être tellement unis au Seigneur que nous devenions le sacrement de sa présence. Notre monde a besoin de voir, plus qu'il n'a besoin d'entendre. Le chrétien est une icône du Christ, une parole vivante de Dieu adressée au monde. Nous devons être des vivants, capables de transmettre la vie; nous devons être reflets de la lumière du Christ par l'Esprit qui nous habite. C'est la présence de Dieu en nous qui dit la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, Sauveur du monde.

Pour nous qui nous rassemblons chaque semaine au Nom de Jésus, le premier témoignage sera celui de la communion fraternelle car «si je n'ai pas la charité, je ne suis rien» (1Co 13, 21). Dans un monde tellement divisé, cassé de toutes parts, l'unité vécue entre nous deviendra un signe crédible par excellence : «Ce qui montrera à tous que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous avez les uns pour les autres.» (Jn 13, 35) Bien sûr, tôt ou tard, le témoignage de vie devra être complété et confirmé par la parole : «J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé» (2 Co 4, 13), Mais il faut d'abord que la Parole soit accueillie et c'est alors seulement qu'elle deviendra, sous le Souffle de l'Esprit Saint, source de vie jaillissante pour nos frères et soeurs.

Toi qui me lis,
«Sois sans crainte. Avance en eau profonde. La puissance de l'Esprit est sur toi! Sur ma parole, jette les filets et tu connaîtras, toi aussi, une pêche merveilleuse.»
Bonne pêche !

MONIQUE ANCTIL, r.s.r.
Responsable diocésaine

*      *      *

Seigneur,

Nous avons peiné toute la nuit en vain
Scruté l'eau de mer sans espoir pour demain
Mais sur ta Parole, sur ta Parole
Nous jetterons les filets
Nous attendrons dans la paix

Nous avons quêté de ces lambeaux de joie
Mendié le soleil dans le ciel sombre et froid
Mais sur ta Parole, sur ta Parole
Nous goûterons de ta joie
Au souvenir de ta loi

Nous avons puisé aux sources desséchés
Trompé notre soif sans jamais l'étancher
Mais sur ta Parole, sur ta Parole
Le don de Dieu jaillira
Un vin nouveau coulera

Nous avons caché sous le boisseau, ton feu
Privé notre nuit de l'espoir d'un ciel bleu
Mais sur ta Parole, sur ta Parole
Ta lumière éclatera
Et ton feu resplendira

(Paroles du chant : «Avance au large» de Raymonde Pelletier)

Avance au grand large et jette les filets sans peur !

Avance en profondeur!

Notre année charismatique a été lancée avec panache par notre bon ami Gérard Marier. Notre thème peut paraître ambitieux, mais il nous vient de la bouche même de Jésus qui s'adressait à Pierre, sachant que les autres apôtres suivraient leur chef d'équipe. Il a été repris par Jean-Paul II au lendemain du grand Jubilé à la manière d'un mot d'ordre pour les croyants du troisième millénaire. Comment donc répondre à l'appel du Saint Père? Que faire pour que ce thème ne demeure pas un slogan creux et vide?

La première condition pour aller de par le monde et gagner de nouveaux disciples au Christ ou, plus simplement, réveiller ceux et celles qui oublient leur statut de baptisés et vivent pratiquement comme des païens, c'est de s'imprégner de l'Évangile; il faut en venir à pouvoir dire avec saint Paul : " C'est le Christ qui vit en moi. " " Regardons le glorieux saint Paul, écrit Thérèse d'Avila, on eût dit que Jésus lui sortait toujours de la bouche, tant il était dans son coeur. " Le plus profondément donc je retournerai à Jésus, le plus intensément je serai imprégné de l'Évangile, le plus loin et le plus souvent j'irai toucher ceux et celles vers lesquels l'Esprit me conduira.

Repartir de Jésus Christ

Le point de départ de tout apôtre, ce qui l'a arraché à sa " petite vie " pour le lancer sur les pas de Jésus, c'est une rencontre personnelle avec ce même Jésus. Celui-ci est né à Bethléem, il a grandi à Nazareth, il a parcouru les routes de Palestine enseignant les foules par villes et villages et il fut ensuite mis aux arrêts, jugé, condamné et crucifié à Jérusalem. Mais, trois jours plus tard, il se relève bien vivant et glorieux, ayant vaincu la Mort et les forces du mal. Il y a là bien plus qu'un exploit personnel; c'est le début d'un temps nouveau : désormais nous ne sommes plus seuls, livrés à nous-mêmes comme Adam et Ève expulsés du paradis terrestre. Jésus nous a promis, ce qui l'emporte sur les meilleures assurances qu'on puisse trouver sur les marchés : " Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde " (Mt 28,20). Face aux défis de notre époque et aux menaces sur notre monde, ce n'est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne : Jésus lui-même " qu'il faut connaître, aimer et imiter pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste " (Le nouveau millénaire, 29).

Pour mieux connaître Jésus, il n'y a pas d'autre voie que de relire, méditer et mettre en pratique l'Évangile. Plus qu'un traité de spiritualité, nous trouvons là une Parole qui nous est adressée par le Fils de Dieu envoyé chez nous pour manifester l'amour et la tendresse du Père à notre égard et pour rétablir les relations entre Lui et nous que notre péché avait rompues. L'Évangile nous met non seulement en contact avec la personne de Jésus, déjà présent de multiples manières à son Église, mais il nous révèle sa doctrine et le fond de son coeur. S'approprier l'Évangile, c'est bien plus qu'asseoir en mon esprit un certain savoir, c'est devenir un autre Christ.

Car l'Esprit qui a inspiré Jésus lui-même et les apôtres qui ont colligé les actes et les enseignements de leur Maître, agit également en nous pour nous amener au coeur secret de cette Parole. Ce faisant, il nous façonne sur le modèle de Jésus et nous distingue du monde ambiant : il fait de nous de enfants de la lumière, il nous entraîne sur les voies de la sainteté. Car " la volonté de Dieu, c'est que vous viviez dans la sainteté " (1 Th 4,3). Etre saint ne consiste pas d'abord à pratiquer toutes les vertus à un degré héroïque, mais plutôt à vivre en Dieu, uni à Lui, habité par l'Esprit de Jésus. La sainteté consiste à être et à agir autrement, non à la manière des hommes, mais à l'école de Jésus. Si je suis ainsi branché sur le Christ, comme le sarment est uni au cep de vigne, alors apparaîtront chez moi ces vertus dont on a fait la marque de la sainteté et qui se ramènent aux fruits que la charité du Christ en moi me fait produire.

Aimer Jésus

Notre époque valorise beaucoup le savoir et les sciences tout en oubliant d'écouter son coeur. On tend même à réduire le champ de l'affectivité au sentimentalisme. Il en résulte de graves crises de l'âme. On court alors chez les " psy " de tous genres; on paie le prix fort pour, la plupart du temps, apprendre à vivre avec son mal… Jésus se présente à nous, non pas bardé de diplômes ou de doctorats, mais " doux et humble de coeur " (Mt 11,29). Au sein d'une société savante, il aurait pris la dernière place. Mais il a guéri ceux qui venaient à lui parce qu'affectés de langueurs et de dépressions, affligés d'esprits mauvais et de pulsions de mort. Il a libéré et délivré ces gens qui croyaient en lui.

Aimer Jésus, c'est répondre à l'amour qu'il me porte. Il a fait les premiers pas. Avant même mon premier souffle, il avait donné sa vie pour moi. Et depuis le jour de mon baptême, je participe aux fruits de son sacrifice pour moi. Comment demeurer indifférent lorsqu'on prend conscience de pareille dette envers lui? Entre lui et notre Église, il existe un lien de type conjugal; elle est l'épouse de son Seigneur et Sauveur. Lors d'une noce, le partage d'une même coupe revêt un caractère hautement symbolique. La coupe des noces de l'Église avec l'Agneau contient le sang de celui qui fut immolé, boisson de vie pour ceux qui croient et qui, humblement et sans mérites préalables, se sont laissés saisir par l'Amour du Christ.

Prier et contempler

Un disciple de Jésus se reconnaît à sa prière. " Seigneur, apprends-nous à prier! " (Lc 11,1) demandèrent un jour les apôtres à leur maître. La prière peut prendre la forme d'un dialogue avec le Christ qui m'aidera à développer une intimité avec lui. " Demeurez en moi, comme moi en vous " (Jn 15,4) demande-t-il lors de la dernière cène. Selon Jean-Paul II, notre prière revêt régulièrement une caractère trinitaire : " Réalisée en nous par l'Esprit Saint, elle nous ouvre par le Christ et dans le Christ, à la contemplation du visage du Père " (Le nouveau millénaire, 32). Vécue dans la liturgie, sommet et source de la vie de l'Église, cette prière libère des appréhensions face à l'avenir et nous dispose à l'évangélisation.

Le Saint Père écrit : " Nos communautés chrétiennes (nos groupes du Renouveau charismatique a fortiori) doivent devenir d'authentiques écoles de prière, où la rencontre avec le Christ ne s'exprime pas seulement en demande d'aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu'à une vraie folie du coeur " (Le nouveau millénaire, 33). Cette prière intense qui imprègne de l'amour de Dieu et de Jésus, loin de nous écarter des besoins du monde, nous ouvrira à l'amour du prochain et nous donnera la force et l'audace nécessaires pour changer des situations de misère ou d'injustice selon le dessein de Dieu.

*      *      *

Il n'y a pas lieu de s'inquiéter si nous en faisons assez. Un croyant uni au Christ ne peut demeurer longtemps à l'écart. De même que Jésus fut poussé par l'Esprit sur les routes de Palestine pour annoncer et répandre la Bonne Nouvelle, ainsi les Apôtres après la résurrection ne sont pas restés longtemps dans la serre chaude du Cénacle; ils furent lancés aux quatre coins du monde pour annoncer l'Évangile à tous les peuples et les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. N'ayez crainte de devoir quitter votre village ou votre famille : dès le jour de Pâques, Jésus demande aux Apôtres " de se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront " (Mt 28,10). Cette Galilée, c'est le pays où ils ont encore leur famille et leur métier; c'est une contrée où vivent ensemble juifs et païens, gens de toute appartenance et de toutes religions. Est-ce que ça ne ressemble pas à nos milieux? C'est à ces gens que nous connaissons déjà qu'il s'agit de faire découvrir qu'ils ont Dieu pour Père et l'Église pour mère. Évangéliser n'est pas une tâche parmi d'autres mais ce qui nous définit comme disciples de Jésus habités par l'Esprit. Une communauté qui ne porte pas ce souci ressemble au sel qui a perdu sa saveur et son mordant.

Paul-Émile Vignola, prêtre.
Répondant diocésain.



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